Encorporer l'apprentissage : geste, corps et voix

Par lpl, 2 avril, 2026
Image
Brève historique Marion Tellier avril 2026

Le LPL est à l’honneur dans le dernier numéro de la revue Le français dans le monde - à travers des entretiens avec Marion Tellier, Sandrine Eschenauer et Christelle Berger - consacrant son dossier thématique de 12 pages au rôle du corps dans l’apprentissage

Lien vers l’article en ligne (ne pas diffuser hors LPL svp) : https://lpl-aix.fr/sites/default/files/2026-04/Dossier_FDLM463.pdf

Le numéro 463 de la revue est également disponible à la bibliothèque du LPL.

Résumé (extrait du dossier) :
Le corps constitue, dans les situations d’enseignement-apprentissage, une réalité aussi incontournable que problématique. À la fois corps sensible et singulier, corps façonné par les normes sociales et corps engagé dans l’interaction, il traverse tous les espaces éducatifs sans pour autant occuper la place centrale qu’il mérite dans les réflexions pédagogiques. Gestuelle des enseignants de langue, étude du corps dans les apprentissages, aménagement des salles de classe, là où il y a du mouvement, on est à peu près sûr de croiser l’expertise très sollicitée de Marion Tellier. Dans l’entretien du dossier, elle distingue autour de cette problématique deux familles de recherches : la première, liée aux travaux sur le mouvement et la cognition incarnée ; la seconde qui se concentre plus largement sur l’activité physique de l’apprenant et la nécessité de réintroduire du mouvement dans le temps d’apprentissage. Sa réflexion sur le corps est aujourd’hui étroitement liée à l’aménagement des espaces d’apprentissage, notamment à l’expérimentation de formes de flexibilité spatiale. La partie Analyse du dossier, assurée par David Cordina et Jacques Pécheur, s’intéresse à la notion d’embodiment, littéralement « incarnation » ou « incorporation », qui débouche aujourd’hui sur les notions directement issues des formulations anglo-saxonnes embodiment/embodied, d’« apprentissage ou de pédagogie incarnés » que l’on rencontre dans la littérature didactique française, avec un verbe nouveau particulièrement parlant : « encorporer l’enseignement et l’apprentissage. » Reconnaître la place centrale du corps dans l’apprentissage des langues ne signifie pourtant pas l’opposer au numérique, mais interroger leur articulation. Les dispositifs hybrides et distanciels ne font pas disparaître le corps : ils en transforment les modes de présence. Encorporer l’enseignement et l’apprentissage, l’enquête et le reportage se chargent d’en vérifier la mise en œuvre. Dans l’enquête de Sarah Nuyten, on découvre que le langage corporel joue un rôle clé dans la transmission, la compréhension et l’ambiance de classe, que l’apprentissage incarné est un gage d’efficacité. Comme le dit si bien une des protagonistes de l’enquête : « Quand on est dans sa classe, quelle que soit la discipline, les mots sont toujours véhiculés par une personne qui a un corps. C’est lui qui va permettre la diffusion et la compréhension du message. » Le reportage d’Alice Tillier-Chevallier suit quelques exemples de pratiques pédagogiques qui font la part belle à la corporéité, pour mieux libérer la parole, s’approprier la prosodie ou poser sa voix. Tant il est vrai qu’on oublie trop souvent que verbaliser est déjà en soi un acte corporel : on ne produit pas de parole sans posture ou sans expression mimofaciale. Les mots ne sont, au fond, qu’un détail supplémentaire !

Crédits : Revue Le français dans le monde